| Paul-Roger Gontard : "Je n’ai pas été choisi en fonction de ma carte politique" |
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| Écrit par Jamil ZERIBI |
| Mercredi, 27 Janvier 2010 00:00 |
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Jamil Zéribi : Tu as récemment été chargé par le secrétaire d'Etat à la justice Jean-Marie Bockel d'une mission, quelle est-elle ? Paul-Roger Gontard : J’ai été chargé d’une mission de faisabilité sur les prisons ouvertes en France. En clair, il existe un modèle de prison dont les moyens de sécurité traditionnels (murs, barreaux, barbelés, miradors, ...) sont réduits, voire inexistants. Or, ces établissements présentent des résultats très intéressants en terme de réinsertion, de coût et même, paradoxalement diront certains, de sécurité. Pourtant, la France, à l’inverse de beaucoup de ses voisins européens, n’utilise quasiment pas cette option carcérale. Je suis donc chargé de voir si notre champ pénitentiaire français peut, à l’avenir, accueillir de nouveaux établissements de ce type. JZ : Pourquoi a-t-il choisi de faire appel à toi pour effectuer cette mission ? PRG : Le sujet du régime carcéral ouvert a largement été délaissé dans notre pays depuis de nombreuses années. Or, j’ai la chance d’avoir récemment travaillé sur la seule prison ouverte que nous ayons en France, Casabianda, et d’avoir entrepris depuis deux ans une étude comparative sur l’utilisation de ce modèle dans les pays européens. Je faisais donc parti des quelques professionnels ou chercheurs ayant une bonne connaissance de base sur cette question au moment de leur choix. JZ : Quelle analyse fais-tu sur l'univers carcéral Français en général ? PRG : Nos prisons ne sont pas dignes, dans beaucoup de cas, de notre démocratie. Le taux élevé de suicide en détention et les multiples condamnations de notre pays devant la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme, NDLR) pour le caractère « inhumain et dégradant » de nos conditions d’incarcération prouvent qu’il y a urgence à regarder en face l’état de nos prisons. Aux humanistes je dirai qu’il en va de la crédibilité des valeurs qui sont les nôtres de réformer notre système pénitentiaire ; et aux cyniques je rappellerai que réformer les prisons c’est nécessairement gagner en sécurité. Rappelons-nous que les criminels sont condamnés à aller en prison, mais aussi à en ressortir un jour. Nous devons trouver des modes d’incarcération qui rendent les individus moins dangereux à leur sortie qu’ils ne l’étaient en entrant en prison. Cependant, le régime ouvert de détention ne peut bénéficier qu’à une minorité de détenus, efficacement sélectionnés, afin de limiter les risques évidents d’évasion. Ce n’est donc pas la panacée, mais cela pourra contribuer à améliorer sensiblement la vie dans nos prisons, et la sécurité dans notre société. JZ : Sachant que tu es engagé politiquement au Modem, Jean-Marie Bockel souhaite-t-il lui aussi pratiquer avec toi la politique d'ouverture chère à Nicolas Sarkozy ? PRG : Je n’ai pas été choisi en fonction de ma carte politique, donc il n’est pas question d’ouverture sur ce sujet, si ce n’est celle d’esprit. En outre, je vous dirai que je ne place pas ma mission sur un terrain partisan. Je crois au contraire que ce sujet dépasse les clivages des partis politiques et que le bon sens et la pédagogie devraient permettre de trouver, si ma mission débouche sur un avis favorable, un certain consensus sur l’avenir des prisons ouvertes en France. |





Notre collègue et membre de l’équipe du BDA, Paul-Roger Gontard est actuellement en mission pour le Ministère de la Justice. Nous avons souhaité lui poser des questions pour en savoir plus. Sans détour ni langue de bois, il a accepté de nous répondre et de nous présenter ainsi sa vision de l’univers carcéral Français.
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